Tribune publiée sur le site du Monde, le 06 juillet 2026
Un manque d’équilibre et de cohérence
L’isolation thermique des bâtiments, objet d’un large consensus depuis des décennies, perçue comme essentielle à la réduction des émissions de gaz à effet de serre due au chauffage des bâtiments, avait déjà du plomb dans l’aile. Son efficacité reste modeste, et son coût élevé : une réduction des consommations de 8,9 % en moyenne pour les logements chauffés au gaz, ou 16,6 % dans le cas des logements les plus énergivores, nous dit une étude de l’Observatoire national de la rénovation énergétique.
Les « gestes » isolés de rénovation thermique soutenus par MaPrimeRenov’consistent, pour plus des deux tiers, en changements de modes de chauffage ou de production d’eau chaude, et pour moins d’un tiers en améliorations de l’isolation thermique (fenêtres, murs, toitures). Celle-ci apporte un meilleur confort d’hiver, mais laisse subsister des « ponts thermiques » par où s’échappent les calories. Les experts de Négawatt ou de l’Agence de la transition écologique [Ademe] préfèrent les rénovations globales, plus efficaces, mais dont le coût moyen approche les 50 000 euros, contre 12 000 euros pour les « gestes » isolés. Les aides ne suffisent pas toujours à décider les propriétaires à investir, et l’Etat n’en a plus les moyens.
Mais voilà : ce que l’isolation sait le mieux faire, c’est retenir la chaleur à l’intérieur. Face aux canicules toujours plus précoces, intenses et prolongées, elle est souvent impuissante, voire contre-productive. L’isolation des toitures sur lesquelles frappe le soleil reste indispensable, mais elle est aujourd’hui rare dans les gestes aidés, selon l’observatoire. Il faut avant tout réduire les apports d’énergie lumineuse par le biais des fenêtres, ventiler les bâtiments… et leurs occupants. Volets ou stores, et ventilateurs de plafond, réduisent les charges de climatisation, mais n’en suppriment pas la nécessité croissante.
Augmenter l’inertie thermique du bâti, en sus de l’isolation, est la recommandation usuelle en réponse à cette critique de l’isolation. Les maisons anciennes aux épais murs de pierre n’offrent-elles pas un abri efficace en été ? C’est vrai ou plutôt c’était vrai : l’inertie ne permet de résister aux après-midi torrides qu’à la condition que les nuits soient fraîches. Or, celle-ci est de moins en moins souvent satisfaite : dans le contexte du dérèglement climatique, l’inertie retarde la montée en température intérieure… puis la prolonge !
Lutte et adaptation
L’installation d’une pompe à chaleur [PAC] fait partie des gestes subventionnés. Elle taillait déjà des croupières à l’isolation thermique avant les canicules de mai et juin. Son efficacité, mesurée à la tonne de CO2 dont elle évite l’émission, est bien supérieure du fait d’une électricité française très peu carbonée (presque 70 % nucléaire et 30 % renouvelables), même complétée, durant certaines pointes de consommation, de kilowattheures fossiles, éventuellement importés. Elle est efficace quel que soit l’état du bâtiment, l’Ademe l’a démontré en 2025, pourvu qu’elle soit bien dimensionnée et réglée, en augmentant au besoin le nombre ou la surface des radiateurs à eau.
Les PAC « à air » sont vendues comme des climatisations réversibles, et progressent avec la demande de fraîcheur. Moins chères, souvent importées hélas, soufflant le chaud ou le froid à la demande, elles participent à la lutte contre le dérèglement climatique en hiver, et à l’adaptation au printemps et en été (pour obtenir la même versatilité avec une PAC « à eau », il faut qu’elle soit également réversible, et remplacer les radiateurs par des ventilo-convecteurs).
On entend souvent l’expression d’un regret : nous ne voulons pas vivre, dormir, manger, jouer, étudier, travailler, aimer, se déplacer dans des espaces climatisés une bonne partie de l’année… Il va pourtant falloir s’y résigner. Ce n’est pas renoncer à limiter le dérèglement climatique, c’est simplement comprendre que nous ne vivrons plus jamais dans le climat d’avant.
Cédric Philibert, président de l’association Avenirs énergétiques. Il a récemment publié « Climat. Les énergies de l’espoir » (Les Petits Matins, 2025).

